De l’électrification des véhicules à la carboneutralité

Alejandro Suter

Article écrit par Alejandro Suter

Saviez-vous que les premiers véhicules électriques sont apparus en 1834 et ont pris leur essor dans les dernières décennies du XIXe siècle? Avec l’apparition du Delco (démarreur électrique) en 1912, les véhicules à essence deviennent alors la norme; toutefois l’idée que la voiture électrique reste une alternative viable n’a jamais complètement disparu. 

Depuis quelques années, bien des gouvernements cherchent à diminuer, voire stopper la production d’énergies d’origine fossile. Le thème des voitures électriques est donc à nouveau d’actualité; les progrès technologiques ayant prouvé dès les années 1990 la viabilité économique de ces dernières.

Évolution de la voiture électrique en Suisse et au Canada

Depuis 1997, en Suisse, les voitures électriques étaient exonérées de l’impôt sur les véhicules automobiles (4%) pour favoriser le développement de la mobilité électrique. Le conseil fédéral juge qu’aujourd’hui cette exemption n’est plus nécessaire étant donné que la part de l’électrique a nettement progressé, et l’a abolie depuis le 1er janvier 2024; de 8000 véhicules électriques importés en 2018, la Suisse est passée à 45000 en 2022, et près de 53000 en 2023. C’est dire que les voitures électriques ont environ 20% des parts de marché des nouvelles ventes (alors que les véhicules hybrides ne montrent pas de grande croissance).  

Cependant, plusieurs cantons réduisent l’impôt sur les véhicules à moteur, voire y renoncent pour les véhicules propres ou particulièrement efficaces en termes énergétiques (électriques, hybrides, au bio gaz, etc). Les plus marquants sont Genève, Glaris, Nidwald, Obwald, Saint-Gall, Soleure, Vaud et Zürich où les impôts sont très faibles ou nuls (certains jusqu’en fin 2025 ou 2026). 

D’autres mesures d’encouragement sont offertes par plusieurs assurances et sociétés de leasing qui accordent des rabais aux voitures respectueuses de l’environnement ou à basse consommation.

Enfin, certains cantons, communes, villes, ainsi que certains fournisseurs d’énergies soutiennent l’introduction de la voiture électrique par des subventions pouvant être une allocation unique, une subvention pour l’installation de bornes de recharge ou autres incitatifs.

Du point de vue stations de recharge, la Suisse en compte environ 17500 dont environ 9100 stations publiquement accessibles.

(source : Suisseénergie)

À l’instar de la Suisse, le Canada met beaucoup d’emphase sur l’électrification des voitures; ainsi au niveau fédéral l’iVZE (incitatif pour véhicules à zéro émission) va jusqu’à 5’000$ pour l’achat de voitures électriques neuves, et jusqu’à 200’000 pour les véhicules lourds. Le Canada offre également des incitatifs pour véhicules hybrides, à hydrogène, etc.

La part de marché des nouveaux véhicules électriques au Canada est passée de 1% en 2017 à 7.7% au premier trimestre de 2022.  La progression des véhicules hybrides y est également moindre. 

8 provinces canadiennes offrent également des subsides à l’achat de véhicules hybrides et électriques, certaines même pour les véhicules usagés. Parmi les plus marquantes on retrouve le Yukon, l’île du Prince-Éduard, le Nouveau-Brunswick, la Colombie Britannique, et le Québec; la belle province étant la plus généreuse jusqu’en 2024. Il n’est donc pas étonnant de voir que les parts de marché soient les plus importantes au Québec (43%), 28% en Colombie-Britannique et 23% en Ontario. Dans certaines provinces, les véhicules électriques ont également des privilèges tels que voies prioritaires, accès gratuits à des traversiers, stationnements gratuits, et ainsi de suite. 

Bien que le Canada offre moins de bornes de recharge par km2 que la Suisse, nous comptons tout de même au niveau national sur 11000 bornes (27000 ports de recharge) et au Québec environ 9650 ports de recharge publics. Sans compter les nombreuses bornes privées dans les résidences.


(Source : ressources naturelles Canada)

Qu’en est-il des efforts pour pouvoir fournir à la demande d’énergie?

Le succès de l’électrification des véhicules à moteur semble bien amorcé. Mais les automobiles ne sont pas les seules initiatives dans la décarbonisation des pays : La Suisse et le Canada ont un défi à relever de ce côté. 

En adoptant en 2017 la révision de la loi sur l’énergie, le peuple Suisse, en 2017, a accepté la première étape de la stratégie énergétique 2050, dont les principaux objectifs sont de réduire la dépendance aux énergies fossiles, de promouvoir le développement des énergies renouvelables, d’augmenter l’efficacité énergétique et réduire la consommation.  

Les centrales nucléaires existantes peuvent continuer d’être exploitées tant que la sécurité en est assurée. La Suisse étant bien connue pour son réseau hydro-électrique, une quinzaine de projets de barrages est à l’étude pour l’horizon 2030 afin d’augmenter la capacité de production. Un consortium « reFuel.ch », financé par l’office fédéral de l’énergie, a vu le jour en décembre 2023. Son but : Développer des voies d’approvisionnement robustes pour des carburants et des produits chimiques de base durables pour la Suisse. 

Tout comme la Suisse et plus de 130 pays, le Canada vise la carboneutralité d’ici 2050 et un agressif plan de réduction des émissions pour 2030. Le gouvernement fédéral travaille à appuyer le déploiement de technologies d’énergies renouvelables, et à mettre en place avec les régions des initiatives stratégiques pour l’élaboration de plans régionaux d’énergie carboneutre. 

Le Québec quant à lui s’est fixé des plans très ambitieux et étudie la possibilité d’augmenter l’hydro-électricité et l’accélération de la mise en place d’énergie éolienne, mais regarde aussi d’un œil la réouverture possible d’une centrale atomique. Les défis sont énormes car les barrages se situent dans, ou traversent, des territoires autochtones, avec toutes les implications politiques, environnementales, et les contraintes sévères au niveau de la main d’œuvre insuffisante. 

Le défi pour atteindre la carboneutralité (selon les accords de la COP28) est énorme pour tous les pays signataires. L’électrification des véhicules (légers et lourds) présente certes un grand pas en avant; bien des projets pilotes sont en marche pour permettre le stockage d’énergie propre afin de la restituer au besoin. 

Les pays pourront-ils fournir assez d’énergie électrique en ayant une bonne acceptabilité sociale ? De nombreuses entreprises, universités, gouvernements cherchent à développer des énergies alternatives et propres tel l’hydrogène, le gaz propre et renouvelable, le solaire, et bien d’autres.

Verra-t-on dans un horizon de 10 ans la mode voiture électrique se transformer en véhicules hybrides propres ?  L’avenir nous le dira !

Sources générales :
Office fédéral de l’énergie
Swiss eMobility
Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication
Wikipedia
La Bâloîse
Transports Canada
Gouvernement du Canada, Environnement et ressources naturelles

Alex Suter bio Alex, retraité maintenant, a eu une vie très active et remplie de voyages d’affaires. C’est au cours de ces derniers qu’il a pris conscience de l’importance de préserver notre terre, et a commencé il y a plus de 35 ans à pratiquer les premiers gestes écologiques de l’époque, tels recyclage, réparer au lieu de changer, etc..
Aujourd’hui il aspire à aider dans le mouvement de sauvegarder notre planète, afin que les générations futures puissent vivre dans un monde où il fait encore bon respirer.