DÉPLOIEMENT DES BORNES DE RECHARGE RAPIDE AU QUÉBEC ÉTAT DES LIEUX ET ENJEUX

Propos recueillis par Pierre-Olivier Pineau (PhD, HEC Montréal)

Si l’importance des bornes de recharge rapide fait l’unanimité pour la diffusion des véhicules électriques (VÉ), le modèle à suivre pour leur déploiement viable à long-terme reste à identifier. Au Québec, le Circuit électrique est l’initiative la plus importante dans la recharge rapide avec plus de 300 bornes en opération, grâce à un modèle d’affaire reposant sur les ventes résidentielles d’électricité. C’est le désir d’avoir un service public de recharge rapide qui a mené à cette approche. À l’horizon 2030, on estime cependant qu’il faudra autour de 7 500 bornes rapides au Québec, soit beaucoup plus que ce qui existe et même prévu. Il est donc essentiel de bien réfléchir au modèle de déploiement de ces bornes pour la décennie à venir.

L’angoisse de la panne (range anxiety en anglais) est reconnue comme une barrière à l’adoption des véhicules électriques (VÉ). L’autonomie des VÉ, tout comme celle des voitures conventionnelles, est en effet limitée. Ce sont cependant les contraintes sur la recharge des batteries qui posent problèmes, par rapport aux véhicules à essence : l’accès aux bornes de recharge est encore problématique dans certains endroits et le temps de recharge est plus long.

Le Circuit électrique est aujourd’hui le principal vecteur de développement des bornes de recharge rapide. Il mise cependant sur des stationnements de différents types, et relativement peu sur les stations-service. L’approche commerciale choisie fait en sorte que tous les revenus des recharges rapides sont perçus par le Circuit électrique, ce qui peut poser un frein à la multiplication des bornes rapides et à leur intégration dans les réseaux commerciaux déjà en place. 

Un leadership public est certainement souhaitable pour les bornes de recharge, étant donné les difficiles perspectives de rentabilité des bornes. Ce leadership pourrait cependant s’exprimer à travers une plus grande concertation, en permettant aux autres acteurs économiques ayant des compétences requises de participer au déploiement des infrastructures. Parmi les acteurs qui pourraient jouer un rôle important dans la recharge rapide se trouvent les stations-services, qui représentent un vecteur de déploiement des bornes rapides qui pourrait être extrêmement précieux pour la transition énergétique du Québec. 

Pour ces raisons-là, il serait sans doute pertinent de bâtir une stratégie de déploiement des bornes rapides qui inclut les stations-service ainsi que d’autres acteurs du commerce de détail. La structure de coût actuelle est cependant très défavorable à l’investissement privé dans les bornes rapides. Une grande incertitude existe encore sur l’achalandage et les options de génération de revenus pour les bornes rapides sont encore mal connues, et restent exploratoires.

Pierre-Olivier Pineau (Ph.D. HEC Montréal, 2000) est Professeur titulaire au département des sciences de la décision de HEC Montréal et titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie depuis décembre 2013. Il est un spécialiste des politiques énergétiques, notamment du secteur de l’électricité. Il a publié de nombreux articles sur le secteur de l’énergie, dont la plupart explore les liens entre l’énergie et certains aspects du développement durable. Il intervient régulièrement dans les médias pour analyser l’actualité énergétique. Il a produit divers rapports pour le gouvernement et des organismes publics. Il a siégé au Comité consultatif sur les changements climatiques du gouvernement du Québec d’avril 2021 à août 2023. Son livre L’équilibre énergétique est sorti en février 2023. Il est chercheur et Fellow au Centre interdisciplinaire de recherche en analyse des organisation (CIRANO). Avant d’être à HEC Montréal, il a été professeur à l’Université de Victoria (BC) de 2001 à 2006.