L’énergie des centres de données, les grands pollueurs de l’ère numérique et leurs effets!

Propos recueillis par Christian Wopperer

Le développement fulgurant des technologies provoque depuis plusieurs années une explosion de la quantité de données échangées, l’essor des technologies telles que l’intelligence artificielle, les services populaires tels que le SaaS, etc. Les chiffres donnent le vertige : d’après le Visual Networking Index de Cisco, plus de 1 000 milliards de milliards d’octets ont été échangés! Et ce n’est encore rien, une croissance annuelle de 22 % est prévue.

Les centres de données, quelle évidence, sont alimentés en électricité; pour fonctionner tout d’abord, mais également pour être refroidis. En effet, les installations d’un centre de données produisent énormément de chaleur, faisant de la climatisation un élément indispensable pour éviter la surchauffe et garantir une température qui permet aux appareils de fonctionner. 

L’alimentation électrique moyenne d’un centre de données est d’environ 30 MW, et les plus gros dépassent les 100 MW, soit l’équivalent de la consommation d’une ville de vingt-cinq mille habitants. On comprend dès lors l’importance de l’enjeu : 3 % de l’électricité mondiale sert à les alimenter. D’ici 2030, ce sera peut-être 13 %.

Malgré le caractère alarmant de ces prévisions, la consommation énergétique des centres de données n’est pas une fatalité. En effet, leur potentiel d’efficacité énergétique est énorme et nombreuses sont les solutions déjà mises en œuvre pour limiter leur impact :

  • Rationaliser l’usage des centres de données, il faut augmenter leur taux d’utilisation; 
  • Optimiser la consommation énergétique des centres de données;
  • Réduire la dépense énergétique nécessaire au refroidissement; 
  • Utiliser de l’air frais extérieur pour limiter le recours à la climatisation artificielle; 
  • Utiliser l’intelligence artificielle;
  • Réutiliser la chaleur des centres de données;
  • Alimenter les centres en énergies vertes.

Comme le souligne Greenpeace dans son dernier rapport Clicking Clean, le nord de la Virginie (États-Unis) est aujourd’hui le lieu de la plus grande concentration de centres de données au monde. 

Agir pour verdir les centres de données est une chose, encore faut-il pouvoir mesurer et suivre les progrès pour chaque centre de données et pour chaque hébergeur! Les outils pertinents et harmonisés de mesure de l’empreinte environnementale des centres de données font encore cruellement défaut.

En conclusion,

Pour AWS (Amazon), l’atteinte de la neutralité carbone d’ici 2040 constitue le but ultime. En 2025, AWS a la volonté d’alimenter ses activités avec des énergies entièrement renouvelables. Google (Alphabet), en 2015, se considérait neutre en carbone (pour l’ensemble de ses activités) depuis 2007, grâce à l’achat de crédits de carbone à la hauteur de ses émissions opérationnelles. Amazon souhaite atteindre, via The Climate Pledge, l’objectif net-zero carbon d’ici 2040. Microsoft s’engage à être carbonégatif, c’est-à-dire à retirer plus de carbone qu’il n’en émet.

Les centres de données sont de grands pollueurs, mais ils sont aujourd’hui indispensables. Si de nombreux progrès restent à accomplir pour diminuer leur empreinte environnementale à l’échelle mondiale, il y a des raisons d’être optimiste. Il semble que nombre d’acteurs soient entrés dans un cercle vertueux qui pourrait même entraîner des conséquences plus larges que la seule industrie numérique. Comme sur de nombreux sujets, il appartient également aux clients et aux législateurs d’encourager les bonnes pratiques et de sanctionner les mauvaises.