Propos recueillis par Nicole Jauvin
Durée de lecture: 4 mins.
Entrevue avec Alma Moya Losada, fondatrice du studio de jeux éducatifs Aequaland basé à Lausanne qui a comme mission de créer un monde plus égalitaire et inclusif en éduquant les jeunes et les adultes sur l'importance de la diversité, l'environnement et du respect des différences à travers des approches interactives et ludiques.
Alma est également une passionnée de sport qui court des « Ironman » et gagnante de plusieurs prix, dont le
« Startup Innovation Award 2022 » au WEF à Davos et le « Generational Inclusion Award 2020 » dans la catégorie WomenTech.
Info Suisse : Alma, merci de nous accorder cette entrevue. Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t'a inspirée à créer Aequaland ?
Alma : Merci à toi! Ce qui m'a inspirée à créer Aequaland découle d'une quête de justice et d'équité qui m'a toujours guidée. Enfant en Espagne, on me surnommait "la justiciera" car je n'hésitais pas à défendre mes camarades contre les injustices, qu'il s'agisse de harcèlement ou d'inégalités. J'ai rapidement constaté que l'enseignement traditionnel limitait souvent le potentiel des enfants, les rendant tristes et insatisfaits. Cette observation, combinée à mon expérience dans le marketing, la communication et la technologie, m'a motivée à agir.
L'inspiration vient aussi de ma famille et de l'état actuel de l'éducation. Un moment-clé a été de réaliser que les jouets pour enfants sont souvent limités par des stéréotypes de genre. Je me suis demandé : « Et si nous pouvions créer un espace sûr et inclusif où les enfants pourraient se découvrir et devenir ce qu'ils veulent ? » C'est ainsi qu'Aequaland est né. Aujourd'hui, il est crucial pour les écoles d'intégrer l'apprentissage numérique de manière engageante. Nous les soutenons dans cette transition en créant une plateforme d'apprentissage ludique, comblant les lacunes du XXIe siècle comme la créativité et l'intelligence émotionnelle.
Info Suisse : Tu sembles profondément engagée dans des causes qui vont au-delà du simple profit. Peux-tu nous en dire plus sur cette philosophie ?
Alma : Dans un monde où le business est souvent associé au profit, je me suis toujours demandé comment générer un impact positif et durable. Cette question est au cœur de mon travail avec Aequaland. Je suis passionnée par l'idée de créer un changement réel dans la société, et je crois que cela commence par l'éducation des enfants. Nous voulons enseigner les valeurs de diversité, d'inclusion, de respect du climat, d'équité, de bienveillance et d'amour dès le plus jeune âge. Mon parcours de grande sportive reflète ma discipline et ma détermination. Face à un monde en déséquilibre, je me suis demandé comment apporter une solution durable et bénéfique, et l'éducation m'a semblé être le point de départ idéal.
Info Suisse : Tu as mentionné des défis récents pour Aequaland qui ont mené à un élargissement du marché cible. Peux-tu nous en parler ?
Alma : Nous avons constaté que chaque école a son propre programme et ses activités parascolaires, ce qui rend l'intégration difficile. Bien que nous ayons obtenu un contrat pour intégrer notre
contenu dans le curriculum, les retours des écoles indiquaient qu'il faudrait bien plus de ressources, de temps, et d'argent que nous ne disposions. Concernant les activités parascolaires, nous avons obtenu plusieurs contrats, mais c'est nous qui devions animer les activités, ce qui n'était pas viable. Notre modèle "train the trainer", où nous formions les enseignants à utiliser notre plateforme et nos jeux, n'a pas atteint nos objectifs financiers. Cependant, nous explorons d'autres opportunités, notamment dans le B2C avec une communauté de parents engagés et discutons avec un musée pour un éventuel nouveau modèle d'affaires. Pour l'instant, nous avons décidé de suspendre notre stratégie avec les écoles, trop fragmentée et compliquée.
Info Suisse : Es-tu à l’aise de partager quelques-unes de tes erreurs ainsi que tes leçons apprises ?
Alma : Une de mes erreurs du côté client a été de concentrer tous nos efforts sur un seul client immense, avec plus de 80 écoles dans le monde. Nous avons décroché un contrat initial et commencé à travailler avec deux écoles en Suisse. Cependant, un changement de direction a fait que notre projet n’était plus une priorité pour eux, et notre ascension a brutalement chuté.
Côté business, nous avons testé différents modèles de manière agile. Cependant, avec plus de temps et de ressources, nous aurions pu pivoter plus tôt du B2B vers le B2C, car nous avons une communauté de parents engagés, beaucoup plus réceptive que les enseignants.
Concernant l’équipe fondatrice, recruter les bonnes personnes est essentiel. Monter une entreprise avec sa meilleure amie peut sembler une bonne idée, mais cela peut devenir délicat. L'équipe fondatrice doit avoir les compétences clés pour soutenir l'entreprise, pas seulement une forte amitié. Les trois premières personnes doivent être capables de construire le produit et de le vendre.
J’ai fait tellement d’erreurs que je pourrais écrire un livre : "The 100 fuckups of entrepreneurship". Je pourrais en parler pendant des heures, qu’il s’agisse d’aspects juridiques, d’investisseurs, de levées de fonds, ou du rôle de CEO.
Info Suisse : Tu es nominée pour le prix « Digital Female Leader 2024 » au Digital Female Leader X-Change. Qu'est-ce que le leadership signifie pour toi ?
Alma : Pour moi, le leadership, c'est avant tout inspirer et encourager les autres à être authentiques. J'aime particulièrement ce proverbe : « It is better to be a lion for a day than to be a sheep all your life. » Cela signifie qu'il est préférable d'être soi-même, même un instant, que de prétendre être quelqu'un d'autre toute sa vie. Mon rôle en tant que leader est d'aider les gens à embrasser leur véritable identité et à s'épanouir en étant eux-mêmes. C'est ainsi que la magie opère, tant dans la vie que dans le travail en équipe.
Info Suisse : Merci Alma, pour ce partage inspirant. Nous te souhaitons beaucoup de succès dans tes projets futurs.
Alma : Merci à toi, Nicole. C'était un plaisir de partager ma vision et mon parcours.
https://www.leader-mag.ch/fr/articles/alma-moya-losada
https://digital-female-leader.de/en/finalists20/alma-moya-losada/



