Réalité et mirage de l’intelligence artificielle

Propos écrits par Christian Wopperer

Au XXIe siècle, l’histoire désignera cette décennie comme «folle». Les années 20 du XXe ne semblent pas avoir grand-chose à lui envier! Nées sous le signe d’une pandémie et aussi d’un phénomène appelé intelligence artificielle, elles sont le théâtre d’un durcissement de la géopolitique mondiale avec lequel les entreprises doivent composer. 

Si, sur papier, les PME semblent moins bien armées que les grands groupes pour négocier ce changement de donne, elles disposent d’un atout non négligeable : l’agilité. 

L’intelligence artificielle (IA) n’est pas apparue de façon spontanée. C’est une science qui évolue depuis plusieurs décennies et qui a été abordée pour la première fois en 1956 à la conférence de Dartmouth, aux États-Unis; un événement soutenu par la fondation Rockefeller.

Il est certain que l’intelligence artificielle générative (IAG), qui à peine 16 mois après le lancement de ChatGPT, continue d’évoluer rapidement. Trois percées récentes devraient modifier la façon dont on utilise ces outils, et surtout rendre possibles des avancées dans plusieurs domaines.

1. L’arrivée des agents d’IA

Ces agents ont l’allure d’un robot conversationnel, mais ils ont accès à plus d’informations que les interfaces avec lesquelles vous interagissiez jusqu’ici, généralement sur les sites Web de commerces. Les agents d’IA peuvent par exemple accéder à la base de données de l’entreprise pour trouver des réponses, sont capables d’effectuer des actions (comme changer votre réservation de siège dans un avion) et peuvent même, dans certains cas, communiquer avec d’autres agents d’IA.

2. Des IA à la mémoire longue

Chaque modèle d’IAG est limité par rapport à la longueur de la question qu’on peut lui poser lors d’une requête. GPT 3.5, le grand modèle de langage à la base de la version gratuite de ChatGPT, peut accepter des questions d’environ 3 000 mots.

Les modèles lancés ces dernières semaines repoussent considérablement cette limite. Gemini 1.5 Pro, que Google a rendu accessible aux entreprises la semaine passée, accepte quant à lui environ 750 000 mots. Claude 3 Sonnet, de la startup américaine Anthropic, accepte des questions d’environ 150 000 mots. 

Vous ne poserez jamais de question aussi longue, évidemment, mais une personne qui voudrait adapter un discours au ton de son dirigeant d’entreprise ou d’une personnalité politique pourrait ainsi fournir à l’IA tout ce que son patron a déjà écrit ou prononcé afin que le texte produit par l’IA corresponde à ce que cette personne aurait rédigé!

3. Vidéo : le prochain terrain de jeu de l’IA

OpenAI a attiré l’attention plus tôt cette année en dévoilant Sora, une IA générative capable de générer des vidéos d’un réalisme étonnant, à partir d’une requête textuelle. Il est intéressant de noter que Google a également dévoilé la semaine dernière Google Vids, un logiciel Web permettant de créer des vidéos pour les entreprises, qui sera offert aux côtés de Google Docs, Sheets et Slides.

Comment fonctionne l’intelligence artificielle?

Les machines dotées d’une intelligence artificielle mémorisent des comportements. Ce travail de mémorisation leur permet par la suite de résoudre des problèmes et d’agir correctement face à telle ou telle situation. Cet apprentissage se réalise à l’aide de bases de données et d’algorithmes. Ce travail complexe aide la machine à mesurer l’importance d’un problème, à passer au crible les solutions possibles et les situations passées similaires afin de bien agir.

L’intelligence artificielle est loin d’être arrivée à maturité. La part de marché de l’IA en matière de développement commercial demeure très faible. On pourrait comparer aujourd’hui l’IA aux véhicules à moteur à explosion apparus au XIXe siècle au beau milieu des calèches et des diligences! À l’époque, cette innovation a suscité beaucoup de craintes et de peur du changement. Elle était même vue comme un fléau pour l’économie.

Les analyses du cabinet de conseil Accenture mettent en évidence que l’IA pourrait doubler les taux de croissance économique annuels et augmenter jusqu’à 40 % la productivité du travail dans les pays développés d’ici 2035. Mais selon Deloitte, seulement 44 % des entreprises dans le monde se disent prêtes à l’utilisation de l’intelligence artificielle générative. 

En conclusion

Au XXIe siècle, il y aura une conséquence majeure sur l’emploi dans bien des métiers, que les travailleurs soient peu ou très qualifiés. Certains secteurs d’activité seront plus rapidement touchés (manufacturier, informatique ou médical, par exemple). On s’attend aussi à une évolution rapide de l’horizontalisation des métiers. Spécifiquement, il y aura sans doute beaucoup plus de nouveaux emplois à haute valeur ajoutée.

L’intelligence artificielle est appelée à modifier la nature du travail et à créer une nouvelle relation entre l’homme et la machine. L’intégration de nombreuses technologies autour de l’IA va modifier la façon dont les tâches seront effectuées, et c’est pourquoi la nature des emplois va changer. Il faut voir les robots comme une extension de l’être humain. Ils nous permettront d’en accomplir davantage. En effet, les ordinateurs avec l’intelligence artificielle n’éliminent pas la prise de décision, ils l’intègrent. L’intervention humaine restera donc nécessaire dans de nombreux secteurs.

Les principaux risques entrevus pour l’intelligence artificielle sont éthiques et portent particulièrement sur la responsabilité des décisions des algorithmes, la protection de la vie privée et des libertés et la transparence de la décision. L’accès à de grandes quantités de données, bien que primordial pour le développement et le rendement de l’IA, soulève aussi de nombreux enjeux relatifs à la protection des renseignements personnels, notamment sur les plans de l’éthique (consentement) et de la sécurité. 

L’un des principaux défis que le Québec devra relever afin de rendre son économie plus compétitive est d’assurer le recours aux technologies de l’IA dans l’ensemble de ses secteurs d’activité.

L’intelligence artificielle est non seulement un champ d’études qui a le vent dans les voiles, mais qui est également extrêmement prometteur. L’avenir semble radieux pour les spécialistes issus du riche écosystème québécois en intelligence artificielle, car ils pourront mettre leurs connaissances à profit dans une multitude de secteurs.

Christian Wopperer

VP commercialisation au CEIM (Sales Intelligence), consultation en VENTES aux dirigeants d’entreprises en démarrage et croissance Centre d’entreprises et d’innovation de Montréal (CEIM) et chargé de cours sénior à l’école Polytechnique de Montréal

Références :

https://www.lesoleil.com/affaires/2024/04/08/moins-de-la-moitie-des-entreprises-pretes-a-utiliser-lintelligence-artificielle-generative-HCZMQ6UGCBHR7K2SIWK5M57YYI/

https://www2.deloitte.com/us/en/pages/consulting/articles/state-of-generative-ai-in-enterprise.html?id=us:2ps:3gl:genaipulse:awa:cons:011924:future%20of%20ai:b:c:kwd-354986182007&gclid=Cj0KCQjwlZixBhCoARIsAIC745Bn4Zpsm_OMBSuiM61yiDw_ewahGjsNDLDkZdjWBUacwnK6XmZ0z0gaAm_LEALw_wcB

https://www.futura-sciences.com/tech/definitions/informatique-intelligence-artificielle-555/

CIRANO /Sommaire / Analyse comparative d’écosystèmes en IA dans le but de repérer les pratiques innovantes en matière de formation et de transfert de connaissances – CIRANO

https://plus.lapresse.ca/screens/cec2d270-0e1e-4e94-a8b0-c26d8628d505__7C___0.html?utm_content=email&utm_source=lpp&utm_medium=Gmail&utm_campaign=internal%2Bshare